REIMS (Marne). À quelques mois des célébrations du centième anniversaire de la Grande Guerre, le musée de l’automobile vient d’acquérir un de ces si célèbres taxis de la Marne.
DEPUIS hier, grâce à la générosité de l’Ardennais Bernard Moreau de Carignan, qui en avait fait l’acquisition il y a quelques années chez Oseno à Fontainebleau, le musée de l’automobile de Reims géré par l’association Scar (Salon collection autos rémoises) présidée par Didier Carayon possède désormais un de ces fameux Taxis de la Marne, un fiacre auto Renault AG1 de 1913, deux cylindres en ligne, 1205 cm3 pour 9 CV qui ont tant fait parler d’eux en septembre 1914.
Une belle histoire
La légende dit que c’est grâce à leur utilisation pour transporter des soldats vers le front que Paris n’a pas été prise par les Allemands au début de la Première Guerre mondiale. Si l’Histoire est sans doute un peu trop généreuse, la réquisition de plus de 650 taxis parisiens, des Renault AG1, dont ceux de la Compagnie française des voitures des automobiles de place (appelée aussi G7) les 6 et 7 septembre 1914, aura tout de même eu pour conséquence de semer le doute dans l’état-major allemand aux portes de Paris, de redonner le moral aux militaires et
aux civils et de prouver à l’état-major toute l’importance du transport des troupes par route dans un conflit. Ce transport, de nuit, de 3 000 militaires de la 7e division, serrés dans des Renault AG1 à raison d’un soldat sur le marchepied, trois derrière et un à côté du chauffeur avait été rendu possible par la mise en place dès août 1914 d’un système de réquisition de véhicules pour compléter le transport par trains. Pour « alléger l’infanterie de ses sacs » selon les uns, pour transporter les archives de la Nation en cas d’invasion de Paris aussi au cas où… Et c’est sans conteste à Gallieni, général en retraite devenu gouverneur militaire de Paris, qu’il convient d’attribuer la décision d’utiliser les taxis pour renforcer vers Gagny et Livry-Gargan le 4e corps d’armée dans sa tentative de déborder l’aile droite allemande. Une décision qui a tout de même coûté 70 000 F de l’époque au Trésor public car les taxis se sont fait rétribuer au tarif d’une course normale.
Au frein à main
Élégante dans sa robe de couleur rouge et noire, « la Renault AG1, avec ses roues en bois se conduit bien » raconte Bernard Moreau qui a fait 2 à 3 000 km avec, à moins de 50 km/h. « Le deux cylindres, ça allait bien pour Paris où il n’y a pas beaucoup de côtes, mais ici… Pour freiner, mieux vaut utiliser le frein à main. » Enfin pour l’éclairage – une mèche imbibée de pétrole dans une lampe – on comprend mieux pourquoi les Taxis de la Marne ont été obligés de rouler, pare-chocs contre pare-chocs pour ne pas trop se perdre. Ce qui est malgré tout arrivé. L’emblématique taxi sera présenté à Paris lors du prochain mondial du tourisme et du voyage dans un espace « Tourisme de Mémoire » créé par plusieurs offices de tourisme dont celui de Reims.
Alain MOYAT
A voir au musée de l’automobile, 84 avenue Clemenceau, tous les jours sauf le mardi de 10 à 12 heures et de 14 à 18 heures. L’acquisition a aussi été rendue possible grâce à une subvention de 5 000 € de la Ville de Reims et 5 000 € de la réserve parlementaire à la demande du sénateur Yves Detraigne.
Article L’union L’ardennais

